Violences conjugales : « J’ai encore peur aujourd’hui pour ma vie »

Elle temoigne pour les autres femmes battues. Celles qui restent encore murees dans le silence. A 36 ans, Mathilde (prenom d’emprunt) tente a nouveau de sourire a la vie. Le recit de la Quimperoise, d’une grande dignite, decrit un enfer, un pan de vie brise dans une societe ou « les victimes sont encore trop souvent seules ».

Regis Nescop

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Les premiers coups sont tombes apres quatre mois de liaison. C’etait il y a six ans. « Un veritable passage a tabac », raconte Mathilde. Elle a alors 30 ans, lui quelques annees de plus. C’etait lors d’une soiree festive entre copains. Le couple avait prevu de passer la nuit dans un mobile-home. « Je l’avais deja vu s’enerver, piquer des crises. Il etait jaloux. Je me suis dit qu’il avait trop bu, qu’on l’avait drogue. En fait, je lui cherchais des excuses ». Cette soiree est gravee dans la memoire de cette Quimperoise. « J’avais tente de partir. Il m’avait tiree par les cheveux. C’etait le plus humiliant, le sentiment d’avoir ete ramenee comme un objet ».

Les phases de lune de miel etaient geniales. Tout etait excessif avec lui. Les hauts comme meddle les bas.

« Il etait tellement parfait devant les autres »

Mathilde en avait parle a sa mere. « Elle m’avait dit de partir ». Elle est revenue, persuadee qu’il changerait. « Il avait ete violent avec son ex-femme. Mais il avait obtenu la garde de son fils. Je me suis dit que jamais la justice n’aurait confie un enfant a un homme violent. En fait, je me suis aveuglee ». La spirale infernale debute. « Les phases de lune de miel etaient geniales. Tout etait excessif avec lui ». Les hauts comme les bas. Les crises se repetent, a la moindre contrariete. « Il me tordait le poignet, me jetait sur le lit et m’etranglait ». La jeune femme apprend alors a ne plus l’enerver. Un premier acte de soumission et d’emprise qu’elle cache a ses proches. « J’avais honte d’en parler. Il etait tellement parfait devant les autres ».

Coups de poing et etranglement

Mathilde veut y croire. Se marie et tombe enceinte. La naissance de l’enfant marque un tournant. C’est la descente aux enfers. « Il est devenu encore plus jaloux. Je ne sortais plus ». Vient alors la nuit de violence. Celle de trop. « J’ai voulu discuter, lui faire comprendre que j’avais besoin de souffler ». Sa reponse ? Un violent coup de poing a la tete suivi d’un etranglement. Elle en gardera une cicatrice sur la tempe. En pleine nuit, Mathilde quitte le domicile, pieds nus, ensanglantee et trouve refuge chez ses parents. « Ma seule obsession etait mon enfant que j’avais laisse a un homme dans un etat dementiel ». A l’hopital, une infirmiere lui conseille de porter de plainte. Ce qu’elle fait rapidement. Au commissariat, la procedure se transforme en epreuve. Mathilde ne se sent pas ecoutee. « Tout se melangeait. J’ai eu le reflexe de ne pas trop le charger ». Avec le recul, elle regrette d’avoir ete seule. « Il faut une aide systematique et pas seulement remettre un numero d’urgence dans la main ». Une premiere injonction d’eloignement est prise a l’encontre du mari qui continue neanmoins a avoir un droit de visite. Face aux juges, il ecope finalement de 200 € d’amende et d’une obligation de suivre un stage de sensibilisation.

J’ai voulu partir mais il fait regner la terreur autour de lui

« C’est un tremblement de terre »

La honte a-t-elle depuis change de camp ? Devant sa tasse de cafe, ce mardi 24 novembre, Mathilde esquisse un sourire force. Et s’etonne encore de la reponse judiciaire au civil comme au penal. Son divorce est un autre champ de bataille. Auquel s’ajoutent les galeres financieres. Une maltraitance economique qui ne dit pas son nom. « Faire face a tout cela, seule, avec un jeune enfant, c’est un tremblement de terre ». La garde est devenue un terrain d’affrontement constant. « La derniere fois que mon fils est rentre de chez lui, il croyait que mon prenom etait “pute”. C’est autre forme de violence contre laquelle je ne peux rien ». Pire, il l’a frappee a nouveau. Deux ou trois claques lors des visites. Pourquoi ne pas avoir a nouveau porte plainte ? Elle marque une pause. « J’ai voulu partir mais il fait regner la terreur autour de lui. J’ai peur pour ma vie. S’il perd tout, je vais y passer ».

« Une grande cause nationale pas au niveau des attentes »

Pour cette raison, la jeune femme n’arrive pas a refaire sa vie. « C’est impensable ». En ce jour de lutte contre les violences faites aux femmes, Mathilde considere neanmoins avoir franchi un cap. « Je suis capable desormais d’en parler ». Une colere s’est aussi reveillee. « Lors de ce mandat, on en a fait une grande cause nationale. J’ai pense que la lumiere mediatique allait avoir un effet. On s’est trompe. C’est un immense desespoir pour les victimes. Les mesures ne sont pas a la hauteur de ce mal endemique qui ronge notre societe ». Depuis qu’elle adhere a l’association Nous Toutes 29, elle a decouvert l’ampleur des degats. « Je suis sideree par le nombre de temoignages recueillis. Cela peut arriver a n’importe qui. Aucune femme n’est a l’abri ». Mathilde veut croire dans la sensibilisation, dans l’education des plus jeunes generations. « Il ne faut pas laisser passer les premieres insultes. Il faut agir tout de suite ».

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Les femmes victimes de violences peuvent contacter des numeros d’urgence tant au niveau national que cornouaillais. De plus, des associations locales accueillent, ecoutent et accompagnent les victimes.

Les numeros nationaux. 3919 : violences Femmes Infos, 7 J/7 et 24 h/24 ; 0 800 05 95 95, du lundi au vendredi, de 10 h a 19 h : Viols Femmes Infos ; 17 : Police nationale. Si vous ne pouvez pas parler : SMS au 114. Vous pouvez discuter avec la police de maniere anonyme, 24 h sur 24 h sur https://www.service-public.fr/cmi

Le CIDFF. Violences au sein du couple ou de la famille, violences au travail, violences dans l’espace public, mariages forces, mutilations sexuelles feminines… Le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles possede une connaissance approfondie de ce que sont les violences sexistes et des problematiques que les femmes victimes rencontrent. L’equipe de Quimper compte une psychologue, trois juristes et une animatrice de l’accueil de jour. Tel. 06 48 53 59 48, meme en dehors des heures de permanence.

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